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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 08:49

Je reproduis ici mes contributions en réponse au billet d'Ivan Rioufol du vendredi 30 mai 2014. Plusieurs sujets y sont abordés, notamment l'économie, les dépenses publiques, les grandes surfaces, le rôle de l'Etat.

 

Les textes originaux se trouvent ici

 (Cliquer sur le lien avec le bouton droit de la souris)

 

Cher Monsieur Rioufol,

Votre article serait excellent s'il n'était pas précédé de ce titre pour ainsi dire mensonger. Comment pouvez-vous affirmer que la politique est "en panne d'idées"? Des idées, nous n'en manquons pas, nous en sommes même saturés jusqu'à plus soif. C'est leur formulation et pour tout dire la franchise et le courage qui manque aux uns et aux autres, comme d'ailleurs vous le soulignez assez souvent à bon droit.

 

Nous avons au centre des européistes convaincus pour qui les nations sont une structure dépassée au profit d'une Europe fédérale dont la légitimité démocratique serait un lointain souvenir, obéissant ainsi à l'adage marxien selon lequel il faut désormais administrer les choses plutôt que gouverner les hommes. Pas étonnant qu'Alain Minc fasse l'éloge de Marx. Ils rejoignent ainsi à la fois les libéraux les plus durs, ceux dont le cannibalisme (comme Essman (1) le bien nommé ici...) capitalistique veulent des humains taillables (Welcome to New-York) et corvéables a merci et les extrême-gauchiste les plus radicaux. Il suffit de lire Negri et Hardt (Empire, etc..) pour s'en convaincre. Il est vrai que ce centre à force d'être excentré se prend parfois pour Dieu que Pascal décrivait comme un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part.

 

Il y a aussi les socialistes, qui vont de l'extrême-socialisme étatique à la  mode suédoise jusqu'à ce "social-libéralisme", nouvelle catégorie politique un brin oximoresque attribuée hier à Manuel Valls par Perrineau, sauf erreur de ma part. Leur tactique est de miser sur les néo-français au détriment des anciens, néo-français dont en réalité ils se fichent pas mal comme semblent enfin s'en aviser ces derniers qui se tournent de plus en plus vers leur terreau théologico-politique d'origine. Ils gèrent sans vergogne l'incompatibilité absolue entre un idéal de justice sociale sur fond de santé économique et la rigueur monétariste libérale imposée par la majorité européenne.

 

Et puis, bien entendu, il y a le Front National qui lui aussi, ne vous en déplaise, fait de la politique. La vraie politique car il ne vous a pas échappé que, contrairement aux autres politiciens, Marine Le Pen, elle, a un vrai discours politique, avec des contenus, des propositions et une cohérence entre tous les éléments de son programme. Vous osez encore  parler de "succès populiste". Prenez-vous les français pour des imbéciles? Pourriez-vous enfin nous expliquer en quoi le fait de souhaiter un protectionnisme intelligent que la quasi totalité des nations hors Europe pratiquent sans problème serait populiste? Et en quoi le fait de maîtriser sa politique migratoire serait-il populiste, qualificatif qu'il ne vous viendrait pas à l'idée d'utiliser pour les USA ou Israël dont la politique migratoire est des plus restrictive? Quant aux leaders dont la politique française manquerait, il me semble qu'il y en a une qui crève les écrans depuis quelque temps déjà...

 

Cela dit, votre titre contient bien une part de vérité quand on sait le lire entre les lignes. Je vous propose donc la correction suivante: "L'UMP en panne d'idées et de leaders"

 

(1) En allemand, essen = manger, mann = homme Notre contributeur Essman qui fait l'apologie du capitalisme sauvage dans un poste du 26.

 

 

##Réponse 1

Le programme économique du FN prône l'intervention de l'Etat quand c'est nécessaire, en fonction de la situation économique. Or, par hypothèse, si le FN venait maintenant au pouvoir, il est clair que la situation ne serait  pas la même maintenant et disons en 2020. Le but est avant tout de retrouver une vitalité économique par une relocalisation la plus massive possible des industries et services par un protectionnisme intelligent qui certes  mettra un certain temps pour être efficace. N'oubliez pas par exemple que l'effet domino fonctionne dans les deux sens. Si vous relocalisez une entreprise moyenne, vous créez un certain nombre d'emplois nouveaux induits dans les sous-traitants mais aussi les commerces, donc l'immobilier, etc. Vous augmentez alors la demande intérieure et de ce fait élargissez le marché ouvrant la porte à de nouvelles relocalisations. Bien entendu, le phénomène peut être exponentiel mais seulement pendant un certain temps car l'accroissement du potentiel de consommation ou même de la productivité n'est pas infini. Le but est d'atteindre une sorte de palier d'équilibre entre offre et demande. A noter que l'accroissement de la productivité sera à l'avenir un problème que tous les pays et donc toutes les économies auront à affronter un jour, mais c'est une autre histoire.

En tout cas, car ce palier d'équilibre sera atteint alors les interventions de l'Etat seront moins indispensables. Songez par exemple à ce qui a réussi pendant les 30 glorieuses avec la différence très nette au plan macro-économique entre la phase de reconstruction proprement dite et la phase de développement disons "consumériste" avec du reste l'accueil inattendu de centaine de milliers de rapatriés d'Algérie.

Marine Le Pen a déjà souligné plusieurs fois que l'Etat n'avait pas vocation à intervenir sur l'économie sauf lorsque les grands équilibres sont menacés comme aujourd'hui ou lorsqu'il y a des enjeux stratégiques ou d'intérêt national qui certes peuvent faire l'objet d'une réflexion plus approfondie. Cela dit, il est clair qu'elle n'est  pas ultralibérale si on entend par là une stricte limitation de l'Etat à ses pouvoirs régaliens, et encore sur fond d'externalisation voire de privatisations (éducation, police privée, armée privée, etc..) que souhaitent certains. Par exemple, dans une logique ultralibérale, l'idée même de service public n'a plus aucun sens, et tout doit être privatisé en obéissant exclusivement non seulement au rapport offre/demande auquel serait alors le plus souvent substitué le principe rentable/non rentable. Elle n'est pas non plus "étatiste" car elle est consciente des effets pervers de l'inertie qu'on trouve trop souvent dans des structures qui n'ont pas à craindre la concurrence. Voyez par exemple le cas des transports vers la Corse. Ici, on voit bien les conséquences de l'immobilisme syndical d'un côté, du quasi esclavagisme économique de l'autre. Il faut donc trouver un moyen terme entre étatisme fonctionnarisé et sauvagerie économique de l'autre. On pourrait du reste imaginer un système qui allie une moindre pression financière sur les entreprises compensée par une taxation plus lourde de la consommation, afin précisément de desserrer l'étau qui pèse sur la création de richesses. Or, pour tout ça, croire à une sorte d'équilibre naturel d'une économie qui trouverait toute seule ses mécanismes de régulation ne fonctionne pas, sauf si on admet que les hommes ne sont rien de plus que des variables d'ajustement dont la vie ne vaut  pas grand chose. Il est clair que d'un point de vue strictement économique, le libéralisme absolu est le meilleur des systèmes et il est du reste calqué sur l'écosystème du monde vivant (1) dont vous savez comment il fonctionne, les gros mangent les petits et sont mangés à leur tour. Voulez-vous un tel monde pour vos enfants ou pour vous-même? Le rôle de la politique et donc de l'Etat est d'introduire deux choses 1. des garde-fous contre les excès mortifères; (sécurité alimentaire par exemple);  2. des mécanismes d'incitation, des initiatives et 3. des  mécanismes de redistribution.

 

Puisqu'aujourd'hui j'ai un peu de temps, je vais répondre plus en détail à vos remarques.

 

(1) Voyez le livre de René Passet, "l'économique et le vivant".

 

##réponse 2

 

Concernant les multinationales. Vous vous rappelez sans doute le film d'Henri Verneuil, "Mille milliards de dollars". Par définition, les multinationales sont apatrides. Ce ne serait pas une mauvaise chose en soi si tous les Etats dont elles dépendent avaient le même souci d'en canaliser les excès ou d'en réprimer les abus. Après tout, la France elle aussi peut très bien profiter de la présence de multinationales dont certaines d'ailleurs n'ont pas grand chose à se reprocher. Une entreprise transnationale comme Airbus (qui n'a pas eu besoin de l'Europe pour exister, du reste) est une incontestable réussite, malgré certaines lourdeurs. Mais le modèle d'agriculture prôné par Monsanto est loin d'être raisonnable. Livrées à elles-mêmes, les multinationales visent non pas le bien-être de leurs clients mais l'accumulation du capital et l'augmentation des dividendes, par tous les moyens possibles y compris les plus inhumains. Le programme du FN ne prône donc pas la disparition (ou l'interdiction en France) des multinationales, mais seulement l'idée que la décision politique doit l'emporter sur les intérêts privés particuliers des actionnaires. C'était d'ailleurs le point de vue du Général de Gaulle qui comme vous le savez n'avait rien de fasciste ni d'extrême-droite.

 

Hollande est socialiste dans les mots et ultralibéral dans les faits puisqu'il est prêt à entériner toutes les décisions prises à Bruxelles. A moins que l'Europe entière ne renonce d'un seul coup au modèle économique dominant dans toute l'union, Hollande sait très bien que toute résistance est inutile sauf pour la galerie, car de toute manière il devra obéir à la majorité. Nous verrons bien ce qu'il en sera du traité transatlantique par exemple. Si Hollande était honnête, si vraiment il ne voulait pas de tout cela, il prendrait des mesures pour rompre les traités qui nous lient à cette Europe-là. Actuellement, la seule à être réellement opposée à l'ultralibéralisme et à l'austérité, c'est Marine Le Pen parce qu'elle est tout simplement bien décidée à s'en donner les moyens, quitte à aller jusqu'au bout.

 

Marine Le Pen ne réclame pas moins d'austérité dans le système actuel car c'est tout simplement impossible. Elle déplore l'austérité qui par exemple a provoqué l'accroissement de la mortalité infantile et des suicides en Grèce. Elle veut donc se débarrasser d'un système qui engendre nécessairement cette austérité: Europe ouverte à tous les vents, monnaie qui pour être sauvée réclame des mesures de glaciation économique radicales. La question centrale est donc bien ici aussi celle de la monnaie et ce qui doit être son rôle dans une économie. Depuis toujours, y compris les théories d'Aristote, la monnaie est un moyen. Avec l'Euro, et sans doute pour la première fois dans l'histoire, la monnaie (l'argent comme disait Simmel) est devenue une fin politique en soi. Cette théorie monétariste devenue folle rabaisse au niveau marginal (au sens des théories marginalistes) la satisfaction des besoins fondamentaux des hommes, ce qui au passage est une négation de la théorie marginaliste elle-même. Les humains sont bien désormais dans ce système une simple variable anonyme d'ajustement, d'où le cannibalisme économique dont je parlais précédemment.

 

 

Vous écrivez: " de réclamer moins d'austérité alors que nos dépenses publiques sont au zénith avant le grand plongeon vers le collectivisme". Oui, elles sont au zénith par rapport à l'économie globale. Notez tout de même que quand on parle de dépense publique, on oublie parfois qu'il vaudrait mieux parler de dépenses tout court. Par exemple, ici les enseignants sont gérés par l'Etat. Dans d'autres pays, ils sont gérés par le privé et n'entrent donc pas dans les dépenses dites "publiques". Mais au fond, cela revient au même puisqu'à l'arrivée, il faut bien payer les enseignants, parfois fort mal du reste. Les dépenses dont on pourrait effectivement se passer sont les dépenses somptuaires avec des fonctionnaires surnuméraires (collectivités territoriales) dont le travail n'apporte rien à la collectivité, ce qui dans de nombreux cas reste tout de même à démontrer. N'oubliez pas également que quand l'Etat dépense 1000 euros, il en récupère ensuite une bonne partie avec la cascades de taxes et d'impôts dans toute la chaîne de circulation de ces 1000 euros. Si vous baissez les dépenses, vous baissez aussi immédiatement les recettes dans une proportion non négligeable et en plus augmentez le chômage. Il serait du reste intéressant de se demander quel serait le seuil critique au-delà duquel le système s'effondrerait.

 

Reconnaître un droit à la retraite à 60 ans n'est pas une hérésie dans de nombreux métiers pénibles ou extrêmement usants. Mais bien entendu, dans le système économique actuel, ce serait une hérésie. Ne faites pas comme les journalistes qui prennent un malin plaisir à saucissonner le programme du FN. Une bonne fois pour toutes, il faut préciser que prises isolément, en dehors de l'ensemble cohérent qu'elles forment, chacune de ces mesures est tout-à-fait irréaliste. Par contre, cela devient largement jouable dans une économie d'ensemble revitalisée grâce à l'Etat stratège avec un contrôle intelligent aux frontières, un protectionnisme modulé et la maîtrise monétaire. Encore une fois, la valeur d'une monnaie doit se mesurer par rapport à l'économie qu'elle représente. Quand pour la première fois dans l'histoire on prétend faire le contraire, alors on sombre dans l'absurde car la valeur d'une monnaie ne se décide pas. Même les dévaluations ne sont jamais vraiment décidées, elles ne sont au bout du compte qu'un réajustement consenti à l'état réel d'économie d'un pays à un moment donné. Mais utilisé intelligemment, ce moyen est un bon levier de commande pour réajuster les choses.

 

La nationalisation d'Alstom aurait pour but de maintenir une entreprise essentielle pour l'économie sous souveraineté française. Cela n'interdit pas les alliances, qu'il ne faut cependant pas confondre avec une prise de contrôle pure et simple par une entreprise étrangère. Avant l'Europe démente, on a pu concevoir le Concorde, Airbus, Ariane, le minitel, le TGV. Maintenant avec l'Europe on a un TGV français et un TGV allemand qui se font concurrence.... Quelle rigolade !!

 

Il ne s'agit pas de "combattre" la grande distribution mais d'en limiter les effets pervers notamment par l'étranglement des producteurs et la disparition des commerces de proximité. Il est clair que le développement de la grande distribution a eu un effet très positif sur le pouvoir d'achat alors que les petits commerçants, souvent, s'en mettaient plein les poches. Mais comme dans de nombreux cas, il y a un seuil critique au-delà duquel une structure, comme l'écrivait Ivan Illich, aboutit au contraire de ce pourquoi elle est faite. Ici encore, il s'agit de corriger les excès d'un système qui provoque la désertification des centres-villes et qui généralise l'usage de l'automobile.

 

J'espère avoir répondu à vos préoccupations. De toute manière, si le FN arrive au pouvoir, de nombreuses questions feront l'objet de débats publics et vous savez bien que l'exercice effectif du pouvoir invite nécessairement à des réajustements en fonction de la réalité. C'est du reste ce qu'a déjà fait le FN en passant d'une vision Reagano-Thatcherienne de l'économie des années 80 à une vision disons plus gaullienne, alors que le RPR devenu UMP a suivi le chemin exactement inverse. Le programme du RPR de 1990 était sur certains points bien plus radical que celui du FN actuel.

 

##réponse 3

 

"Quand MLP s'insurge contre les prix trop élevés des fruits et légumes dans la grande distribution tout en exigeant que cette dernière s'approvisionne sur le marché national avec des prix d'achat plus élevés, nous entrons selon moi dans du pilotage ubuesque!!"

 

En fait non, car on pourrait baisser le prix des fruits et légumes à la vente dans les grandes surface en rognant sur le nombre d'intermédiaires et sur les marges. Cela dit, lisez bien le programme et ne le confondez pas avec des réponses qui parfois sont données dans l'urgence sur un plateau quand les journalistes lui coupent la parole. Toutes ces propositions sont de simple bon sens économique. MLP dit simplement que les prix sont trop élevés par rapport au prix que paient ces centrales d'achat aux producteurs. Croyez-moi, les conseillers qui entourent MLP sont gens sensés !

 

"Souhaitez-vous vraiment que nos entreprises renoncent à des débouchés intéressants dans le monde en se privant de la faculté d'exercer prés des marchés dans des conditions économiques non pénalisantes (...)"

 

Evidemment que non, trois fois non !!! D'abord, le  processus de relocalisation commence déjà bien timidement, certes. Et avec une politique économique plus cohérente, cela aurait quand même l'avantage de recréer de l'emploi ici et donc des débouchés pour nos entreprises qui à leur tour... etc.

Et puis, vous faites bien vous-même la différence, dans votre vocabulaire, entre "externalisation" et "délocalisation" C'est le recours systématique à cette dernière que MLP critique! Si PSA ou Renault vont construire des voitures au Maghreb pour les vendre sur place, pas de problème. Ca aurait même l'avantage de faire baisser la pression migratoire sur la France en contribuant au développement des économies locales, forme d'aide qui a nos préférences. Mais si elles y vont pour fermer les usines françaises, là ça ne va plus!

 

"(...) motivation qui concerne la majorité des externalisations ". Etes-vous sûr de vous sur ce point? En tout cas ici, il n'y a pas de problème tant que l'externalisation n'est pas une délocalisation déguisée.

 

" (...) et les rapatrier dans un contexte peu propice à la création de richesses en raison de réglementations contraignantes et d'overdose de taxes et cotisations, sans parler de nos syndicats et de nos 35 heures, signifierait sans doute leur disparition." Vous avez  parfaitement raison. Mais c'est justement ce contexte "peu propice" qu'il faut changer! Les calculs ont été établis lors de l'élection présidentielle. Une taxe à l'importation de 0,3 % sur certains produits permettrait de libérer des sommes importantes qui permettraient, par exemple, de financer une partie des taxes salariales patronales augmentant ainsi le pouvoir d'achat et donc la demande intérieure sur les produits intérieurs. Vous voyez bien qu'il faut donc un programme globalement cohérent faute de quoi, comme je l'ai déjà dit, cela ne servirait à rien.

 

Sur le libéralisme. Je vous accorde volontiers que le terme "ultralibéralisme" ne signifie pas grand chose, il ne correspond en fait à aucune construction théorique revendiquée. Mais vous savez bien qu'il y a des nuances importantes, des degrés dans le libéralisme et Aron est loin d'être un disciple inconditionnel de Hayek par exemple. Vous avez raison de vous méfier de l'excès de pouvoir par un Etat omniprésent et omnipotent. En ce sens, je ne crois pas que Marine Le Pen souhaite établir un régime totalitaire ou même ultra-étatique. Telle que je la comprends, il s'agit plus d'orienter que de tout diriger. Marine Le Pen n'est pas socialiste! Sur tout cela vous avez raison d'être vigilant comme du reste je le suis moi-même! Je ne veux à aucun prix du plus froid des monstres froids, comme disait Nietzsche en parlant de l'Etat. Sur ce point, je crois pouvoir trouver des raisons de nous rassurer tous: si le FN vient au pouvoir, alors nous aurons les journalistes les plus intelligents du monde, pour changer! Cette fois, ils ne laisseront rien passer, si tant est d'ailleurs qu'ils trouvent quoi que ce soit à critiquer. Ils feront enfin leur métier! Ainsi les libertés individuelles seront garanties, ce qui après tout est un des axiomes du libéralisme traditionnel. De ce point de vue, Aron est beaucoup plus fin qu'on ne le pense généralement.

 

 

 

 

 

 

 

Vous écrivez: "J'ai bossé plus de 35 ans dans des multinationales US et n'ai jamais observé qu'elles étaient apatrides, (...) rémunérer leurs actionnaires qui, en général, sont des petits épargnants." Je n'ai aucune objection à toutes vos remarques dans ces trois paragraphes! Bien entendu, il y a des multinationales, et tant mieux, qui ne posent pas de problèmes. C'est très bien, il n'entre d'ailleurs pas dans les intentions de MLP de les interdire ou de les brimer, mais simplement de ne pas les "privilégier" ou leur faire des cadeaux en or pour ensuite les voir prendre la poudre d'escampette...

 

Sur Hollande, là vous marquez un point ou plutôt un demi-point. Car en fait il obéit à des demandes libérales puisqu'au bout du compte c'est l'Europe qui aura raison quoi qu'il arrive, mais en même temps il refuse d'y mettre les moyens, c'est-à-dire effectivement de faire les réformes qu'impose le mondialisme (comme doctrine) libéral. En ce sens, vous avez raison, il est incohérent, menteur et finalement lâche parce qu'il n'a pas le courage d'assumer les conséquences de sa politique. Pourrait-il d'ailleurs faire autrement sans perdre le soutien du PS, lui qui a déjà perdu son aile gauche?

 

Dans tout ça, UMP et PS sont malhonnêtes parce qu'ils refusent d'expliquer aux français que oui, dans la logique du système actuel, il faudrait effectivement diminuer drastiquement le nombre de fonctionnaires, fermer un bureau de poste sur 3 ou 4, réduire le nombre de professeurs qui peuvent très bien enseigner à 45 élèves. Il faudrait aussi supprimer une bonne partie des fonctionnaires territoriaux et financer ceux qui sont indispensables par des péages un peu partout, la vérité des prix, en somme... Et puis pendant qu'on y est, pourquoi maintenir une police de la route omniprésente? Si les gens roulent trop vite ou n'importe comment, ils auront de toute manière eu le temps d'être assez productifs et consommateurs durant leur courte vie et s'ils sont plus nombreux à être tués sur les routes, cela fait autant de gagné pour les caisses de retraite.... Bon, je sais je caricature, là. Mais vous voyez où je veux en venir: puisque vous êtes libéral, dites-nous un peu dans quoi vous voulez tailler de façon drastique? Car c'est bien de déficits publics dont nous parlons. Il nous faudrait alors un régime à la Thatcher, en somme... C'est ce à quoi nous conduit la logique actuelle avec par exemple l'Allemagne qui a recours à des travailleurs polonais dans leurs abattoirs, ce qui leur permet de nous vendre leur porc à vil prix, mettant notre propre filière porcine en péril.

Ce que propose Marine Le Pen est une alternative à ce cauchemar imposé par Bruxelles, on finit par ne plus trop savoir pourquoi. Et puisque vous n'êtes pas opposé à une certaine intervention de l'Etat, alors nous avons tout pour nous entendre. Tant que c'est possible sans effets pervers, il est clair que, comme elle l'a maintes fois affirmé, l'économie de marché est bien la seule capable de mobiliser efficacement les moyens nécessaires à la création de richesses matérielles ou non.

 

Quant à la création monétaire, elle est déjà largement le fait des banques par le jeu complexe des échanges interbancaires. C'est '"l'argent-dette" ! Quand la banque vous consent un prêt, elle crée de l'argent qu'elle ne possède pas, en réalité, car c'est votre créance qui en fait la constitue. L'idée d'interdire toute création monétaire (supérieure à sa destruction) est donc chimérique.

Votre toute dernière phrase est ici excellente: ainsi, vous avez parfaitement compris le programme de Marine Le Pen!

 

31/05/2014

Miney, je reprends moi aussi mon souffle pour revenir sur notre discussion. Je pense que nos désaccords ne sont pas si importants qu'on pourrait le croire. Au sujet des supermarchés, j'ai dit moi-même ce que j'en pensais de positif.

La baisse des dépenses publiques est plus complexe qu'il n'y paraît.

Quand l'Etat paie 1000 en salaire, et en supposant que la moyenne de la TVA soit autour de 15% pour simplifier, il reçoit 15% de 1000, puis 15% de 750, puis 15% de 637.50, puis 15 % de 541,87 euros, et ainsi de suite, sans compter le fonctionnaire, son boulanger, le crémier de la boulangère, le garagiste du crémier, le comptable du garagiste etc.. qui ne coûtent rien au chômage mais au contraire cotisent.

Si par exemple vous privatisez l'éducation, il est probable que le secteur privé pourrait faire bien mieux avec des profs moins bien payés mais dans une atmosphère de discipline et de travail où toute transgression provoquerait un renvoi. Mais ce ne serait pas alors la disparition du salaire des profs qui serait transféré à ce que vous appelez un peu vite le secteur productif pour l'opposer au secteur supposé improductif, ce qui est là aussi plus complexe qu'il n'y paraît. Malgré tout le mal que je pense moi aussi de l'Education Nationale, je pense tout de même que globalement nos jeunes sont en moyenne mieux formés qu'aux USA par exemple. Or, il suffit de comparer le coût de la délinquance en France et aux USA pour mesurer à quel point une société qui n'éduque pas correctement une partie de la population le paie par le coût induit de la délinquance, avec systèmes de sécurité, force de police, tribunaux,  prison, etc. En France, la carte de la délinquance est quasi superposable avec celle de l'immigration. L'efficacité de l'éducation en France doit donc se mesurer dans des zones comme le grand ouest où la délinquance est bien moins importante que dans le nord de la région parisienne ou à Marseille par exemple. Tout ça est donc multifactoriel et il faut s'aviser que lorsqu'on prend une mesure, quelle qu'elle soit, on peut s'attendre à des effets pervers imprévus dont il faut bien gérer la complexité. Le meilleur exemple est l'effet pervers du RMI, RSA et de bien d'autres aides sociales qui ont tendance à inciter les bénéficiaires à l'inaction. Bien entendu, les esprits paresseux en concluent qu'il faut les supprimer purement et simplement, ce qui aurait pour résultat de créer de la misère. Il faut donc trouver un équilibre subtil dans tout ça, la dose optimale de médication, somme toute, ce qui n'est pas une mince affaire. L'Etat, à lui tout seul, ne peut évidemment pas y suffire, d'où la présence d'association d'usagers dans de nombreuses instances, ce qui, là aussi, pose de nouveaux problèmes, notamment d'expertise. Du coup, les associations se professionnalisent mais deviennent alors elles-mêmes expertes, ce qui les conduit à moins entendre certaines problématiques de terrain dont elles peuvent être parfois aussi éloignées que les technocrates étatique eux-mêmes. Et ainsi de suite, cela s'appelle gérer la complexité dont parle Edgar Morin que j'apprécie peu comme ennemi fanatique mais qui a le mérite, dans son travail scientifique, de poser de vraies questions.

Alors, me direz-vous, pourquoi ne pas se débarrasser de tout ce fatras étatique et institutionnel pour laisser la société civile se débrouiller toute seule, avec une dynamique entre entreprises et groupes de  pression? Il faudrait peut-être aller voir ce que cela donne ailleurs, en Amérique du sud notamment, où on peut voir dans certains cas ce que donne un Etat minimaliste...

Cela étant, Marine n'est pas favorable à un Etat Providence mais à un Etat au service de tous, la nuance est de taille. On peut aussi rendre service à quelqu'un en lui mettant le  pied à l'étrier ou en le mettant brutalement face à ses responsabilités y compris en lui indiquant que s'il ne fait rien, il ne recevra plus aucune aide mais courra alors le risque de la marginalité dans un pays où on ne tolérera plus la mendicité. On peut alors imaginer des mécanismes de  privation provisoire de liberté pour ceux qui ne sont pas capables de s'assumer. Mais on court alors le risque d'un glissement vers le totalitarisme soft comme dans le roman "Globalia". Je crois donc (même si mon opinion n'est pas toujours partagée par ceux avec qui je travaille) qu'il faut faire attention de ne pas passer d'une société ouverte à une société close (selon Karl Popper). Et puis, nous n'en sommes pas encore là, il y a loin de la coupe aux lèvres...

 

 

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