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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 07:43

 

 

Texte de Jean-François Revel:

 

QU'EST-CE QUE NOTRE CIVILISATION ?

Il peut paraître futile de parler de « notre » civilisation, puisque l'humanité actuelle ne peut se considérer comme étant une seule et même civilisation ni sous le rapport des institutions politiques, ni sous celui de la richesse et du niveau technique, ni par ses lois civiles et pénales, ni par ses coutumes, moins encore par ses croyances, ses mentalités, ses religions, ses morales, ses arts. Bien plus, la tendance à revendiquer la diversité, la particularité, l'« identité » culturelles, comme on a pris l'habitude significative de dire, a prévalu, depuis le milieu du xxe siècle, sur l'acceptation de critères universels de civilisation, fussent-ils vagues. La décolonisation a encore accentué la récusation de ce qu'en simplifiant on nomme le « modèle occidental », entendu à la fois comme recette de développement économique et comme prépondérance supposée d'un rationalisme qui remonte, dit-on, au siècle des Lumières, et que l'Occident même conteste. N'est-il pas allé jusqu'à souscrire humblement à cette condamnation de l'ethnocentrisme, à cette relativisation des cultures, à cette proclamation de l'équivalence de toutes les morales ? Les Occidentaux sont même paradoxalement presque les seuls à l'avoir fait, car les porte-parole des cultures non occidentales, du moins dans leurs proclamations les plus aiguës, paraissent avoir repris à leur compte et remis à l'honneur l'intolérance ethnocentrique, qui avait été la règle dans les communautés humaines du passé, condamnant comme sottes, impures, voire impies les façons de vivre des autres, et par-dessus tout le « modèle occidental ». C'est le fait, en particulier, de l'Islam, dans les manifestations les plus virulentes de sa renaissance moderne, mais pas seulement de l'Islam.


Le moment semble donc mal choisi pour parler d'une civilisation commune, alors que l'humanité se rue à nouveau et de propos délibéré vers la fragmentation, glorifie l'incompréhension réciproque et volontaire des cultures. Avons-nous jamais été plus éloignés d'un système de valeurs universellement partagé ? Pourtant, la contradiction n'est flagrante qu'en apparence. Si diverses soient-elles, toutes les civilisations vivent de nos jours dans une perpétuelle interaction, dont la résultante commune pèse à terme plus lourd sur chacune d'entre elles que ses particularités séparatrices. On admet désormais comme une évidence l'existence de cette interaction dans les domaines économique, géopolitique et géostratégique. En revanche on mesure moins, en dépit de tous les bavardages, à quel point l'instrument principal en est devenu l'information, agent permanent de l'omniprésence de la planète à elle-même. Non l'information vraie, certes, justement toute la question est là, mais le torrent continuel des messages, qui commence à inonder les esprits dès l'école : car l'enseignement n'est pas autre chose que l'une des branches de l'information. A chaque minute, l'homme contemporain a une image du monde et de sa société dans le monde. Il agit et réagit en fonction de cette image. Il ne cesse de la transformer ou de la confirmer. Plus elle est fausse, plus ses actions et ses réactions sont dangereuses, pour lui-même comme pour les autres. Mais il ne peut plus ne pas en avoir l'image, ou ne l'avoir que bornée aux seules réalités qui l'environnent. Du moins ce cas est-il maintenant rarissime, et en voie d'extinction.

La revendication de l'« identité culturelle » sert d'ailleurs aux minorités dirigeantes du tiers monde à justifier la censure de l'information et l'exercice de la dictature. Sous prétexte de protéger la pureté culturelle de leur peuple, ces dirigeants le tiennent le plus possible dans l'ignorance de ce qui se passe dans le monde et de ce que le monde pense d'eux. Ils laissent filtrer ou ils inventent, au besoin, les informations qui leur permettent de masquer leurs échecs et de perpétuer leurs impostures. Mais l'acharnement même qu'ils déploient à intercepter, à falsifier, voire à confectionner de toutes pièces l'information montre à quel point ils ont conscience d'en dépendre, plus même, s'il se peut, que de l'économie ou de l'armée. Combien de chefs d'État de notre temps ont dû leur gloire non à ce qu'ils faisaient, mais à ce qu'ils faisaient dire !

 

"La connaissance inutile", 1988, p. 17.

 

C'est nous qui soulignons et surlignons.

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Published by argonautemariniste
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clovis simard 28/10/2012 01:03

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.9- THÉORÈME OSÉE. - La fin de notre civilisation ?

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