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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 09:41
Cet article est la suite de « identité nationale 1 »

Cet article est la suite de « identité nationale 1 ».

(Les liens cliquables renvoient à d’autres articles.)

 

Qu'est-ce qui fait l'identité d'un pays, d'un peuple, d'une nation? La réponse à cette question est variable selon les époques et selon les peuples. L’identité n’est pas un concept figé mais une notion vivante, avec des nuances. Mais elle n'est pas non plus un fourre-tout, faute de quoi elle n'aurait plus aucun sens. Car pour qu’il y ait identité commune, il faut que soit présentes un minimum de composantes communes. Un même individu peut être porteur de plusieurs strates identitaires superposées. (auvergnat et français, juif et français, etc...)

 

 

I.       Parmi ces éléments, on trouve:

-un même territoire (un espace commun)

 -une langue commune.

-une même ethnie

 -des ennemis communs

 -le partage de mythes communs ou une religion commune.

 -une histoire commune.

 -des valeurs communes

 -une culture commune

 -des buts communs

-une même conception de l'identité (totalitaire ou libre)

 -un mode d'ouverture vers les autres cultures

-le rapport à la culture mondiale et à l'universel

 

 

 

II.   Un individu ou un groupe qui n'adhère plus à ces divers éléments est dit en état de sécession.

 

 

 

A l'évidence, - et heureusement - tous ces critères ne doivent pas être réunis. Par contre, je pense qu'il faut qu'au moins quatre de ces critères soient réunis pour qu'il y ait véritablement identité. Autrement, l'identité n'est qu'un fantasme ou un alibi.

 

Les français pourraient très bien décider que la France n'a plus d'identité particulière, qu'elle n'est plus qu'une simple entité administrative abstraite composée d'une juxtaposition d'individus (ou de communautés) n'ayant rien en commun sinon le hasard de l'existence. Philosophiquement, je ne vois pas d'objection majeure contre une telle conception. Par contre, je pense qu'il faudrait alors en tirer les conséquences logiques, s'il n'y a plus d'identité, on ne voit pas pourquoi on maintiendrait une nation. Il vaudrait mieux alors accepter purement et simplement la mondialisation avec toutes ses conséquences, une harmonisation des modes de vie avec le reste du monde, mettre fin au modèle français qui n'aurait plus de signification et donc de raison d'être.

 

En revanche, si on veut maintenir l'idée même d'identité, et en faire autre chose qu'un slogan vide de sens, alors il me semble que les conditions suivantes doivent être réalisées.

 

 Qu'en est-il de l'identité française?

 

 

III.-Le territoire.

 

 C'est une évidence. Pourtant, il y a des exceptions, comme les juifs ou les Tziganes, les Touaregs, etc.. Cela dit, les juifs eux-mêmes se réfèrent à un territoire commun, Israël, ce qui ne les empêche pas, pour l'essentiel, de s'identifier à une communauté nationale. Durant l'occupation allemande, les alsaciens dans leur grande majorité se sentaient alsaciens ET français parce qu'ils se sentaient héritiers d'une histoire. La question du territoire ne se pose plus guère en France métropolitaine, sauf peut-être en Corse. Si les corses réclamaient majoritairement leur indépendance, il faudrait peut-être l'accepter. Dans ce cas, il faudrait se demander quel a pu être l'apport de la Corse à l'âme de la France, à l'identité française et inversement passer sous silence la manière profonde dont la Corse est marquée par l’identité française.

 

 Cet exemple permet de penser la question de l'Algérie. Dans son Anthropologie du point de vue pragmatique,  Kant souligne que dans une nation, ce sont souvent les élites qui incarnent l'âme d'un peuple, en excluant la plèbe. C'est ce qui lui permet, par exemple, de définir l'esprit français par son goût de la conversation. Il est clair qu'on ne peut plus être d'accord avec une telle conception aujourd'hui. Par contre, le comportement des colons en Algérie a souvent été tel qu'il n'ont permis que tardivement (et trop tard) aux arabes de s'intégrer pleinement dans la communauté française. Il faut relire La tragédie algérienne de Raymond Aron. Dès lors, l'Algérie n'était pas en réalité un territoire français à part entière et son accès à l'indépendance était naturel et inéluctable. Il y avait bien une identité algérienne qui résistait à l'identité française. Ceci prouve d'ailleurs que l'idée même d'identité doit avoir un sens, puisque des groupes humains prétendent devenir des peuples.

 

 Les DOM-TOM font-ils partie du territoire français et de son identité? Les occupants de ces territoires sont-ils d'accord avec Aimé Césaire qui parle de génocide par substitution? Si oui, alors ils ne font déjà plus partie du territoire national et leur accès à l'indépendance, pour le meilleur et pour le pire n'est qu'une question de temps.

 

 Pour que ces peuples puissent répondre à cette question, il faut bien que l'idée même d'identité française ait un sens. Car si elle doit avoir un sens pour eux, il faut qu'elle en ait un pour nous. A moins qu'ils n'affirment que le seul intérêt de rester français serait de profiter d'un système social favorable, ce qui serait grotesque et qui conduirait dès lors à nier toute valeur à la notion même d'identité française. Dans une telle situation, la présence française ne serait rien de plus qu'une occupation militaire et administrative.

 

 On voit donc par ces exemples que ce n'est pas un territoire qui définit une nation et son identité, mais un certain rapport du peuple à ce territoire et aux gens qui l'occupent.

 

 

IV.           -La langue.

 

 La langue est un moyen de communication. A ce titre, il est évident que les membres d'une même communauté doivent se comprendre. Mais cette conception est insuffisante et réductrice. Car une langue est aussi un vecteur affectif et culturel, elle véhicule des affects, des idées, une sensibilité particulière, ce qu'on appelait naguère l'âme d'un peuple. Il est clair que la parfaite maîtrise d'une langue - et pas seulement son balbutiement - est essentielle à l'appartenance, en particulier si on partage l'idée et la valeur d'individu libre et souverain dont on parlera plus loin. Car bien entendu, dans les sociétés traditionnelles, toutes les strates de la hiérarchie sociale ne sont pas tenues de comprendre toute les subtilités d'une langue commune, les domestiques et les esclaves, les cerfs et les manœuvres pouvant se contenter d'une langue approximative et grossières. Mais ceci est contradictoire avec l'idée républicaine qui fondait jusqu'il y a peu l'identité française.

 Une langue est d'abord un héritage, les jeunes, les "nouveaux" (les neos comme disait Hanna Arendt) doivent d'abord hériter d'une langue avant de prétendre la modifier. A cet égard, du fait des abandons successifs de l'éducation, beaucoup de jeunes en France ne sont plus véritablement français, ils ne savent pas eux-mêmes au fond ce qu'ils sont vraiment, ce qui est parfois pour eux cause de souffrance, surtout quand ils sont confrontés à d'autres identités qui s'affirment fortement. C'est un des causes de la violence urbaine.

 

 

V.  -Les bases ethniques.

 

-En France, comme le rappelle Chevènement, l'identité n'est plus ethnique mais républicaine depuis 1789.

 Dès lors, toute personne ou tout groupe qui revient à des bases ethniques, en rupture avec l'identité républicaine, est en état de sécession. De ce point de vue, l'idée même de diversité est une hérésie, car tout le monde comprend bien qu'on parle alors de couleur de peau, c'est-à-dire de race, ce qui est absurde.

 Pour autant, de nos jours, la notion d'ethnie ne recouvre pas seulement la couleur de peau, mais aussi des pratiques et des valeurs. S'il s'avérait que la France soit à l'avenir habitée sur des bases ethniques nouvelles, il est certain que son identité s'en trouverait supprimée en tant que telle. On ne fait ici que reprendre le raisonnement d'Aimé Césaire. une organisation comme le CRAN est contraire à toutes les traditions françaises.

 

 

VI.           -Des ennemis communs.

 

 C'était le cas en 1914, mais aussi dans les années 30. Pour autant, plus personne ne souhaite, en France, avoir d'ennemis autres que ceux qui se proclameraient eux-mêmes nos ennemis.

 

 

VII.        -Les mythes communs.

 

L'identité républicaine française n'exige pas l'adhésion à des croyances communes. Elle implique par contre que ces croyances soient mises au second plan, dans la sphère privée ou très localisée, mais sans visibilité excessive, tant que ces croyances ne sont pas en contradiction avec ses principes fondamentaux républicains. C'est le concept de laïcité.

 

 

VIII.     -Une histoire commune.

 

-L'histoire forge la mémoire collective et fonde un certain nombre de valeurs communes. Il ne suffit donc pas de quelques décennies, il y faut plusieurs siècles. Par exemple, la réconciliation entre la France et l'Allemagne n'a pris que quelques petites années, car l'histoire commune était bien plus importante au fil des siècles que les conflits meurtriers du XXème siècle, qui ont pourtant laissé des traces douloureuses dans bien des familles. La France et l'Allemagne étaient en outre héritière d'un même mouvement culturel de critique interne, la philosophie des lumières au XVIIIème siècle.

 

Inversement, la réconciliation entre l'Algérie et la France a pris des décennies et n'est du reste toujours pas vraiment consommée alors que ceux-là même qui ont connu la colonisation européenne sont désormais quantitativement minoritaires. C'est qu'un siècle ne suffit pas pour forger une identité commune. C'est sans doute pourquoi les Algériens ont conquis leur indépendance par la violence alors même que les solutions politiques pacifiques étaient bien entamées. Ils ont en outre chassé les "étrangers" sur des bases ethniques, ce qui est contraire à l'idée républicaine qui donc n'avait pas pris là-bas, y compris chez les élites intellectuelles formées dans nos lycées et université. Enfin, ils ont massacré ceux des leurs qui avaient collaboré avec la France (qui les a lâchement abandonnés). Tout ceci prouve que les bases humanistes, même fragiles et superficielles chez nous, n'avaient pas pris là-bas après plus d'un siècle de présence occidentale. Plus généralement, le monde musulman n'a pas été touché par le mouvement culturel de la Renaissance puis surtout des Lumières qui a traversé toute l'Europe et qui a fondé un humanisme nouveau qui reste encore ici à consolider.

 

 

IX.           -Des valeurs communes.

 

 C'est ce que montre à l'évidence l'exemple qui précède. Pour qu'il y ait une même identité, il faut que les valeurs les plus fondamentales soient partagées. La différence entre un "espace public" barbare et un espace public civilisé, c'est que dans ce dernier, chacun est assuré de rencontrer des individu qui partagent avec lui un minimum de valeurs communes. Quand on est en France, on doit s'attendre à ne rencontrer que des Français, peu importe leur vêtements ou leur couleur de peau, S'agissant du vêtement, il ne doit pas entrer en contradiction avec les autres valeurs fondamentales. A cet égard, le voile islamique (qui est un symbole, pas un signe) et, pire, le niqab, sont bien entendu contraires aux valeurs fondamentales de la république française et devraient, à ce titre, être interdits dans un espace public républicain.

 

 

X.  -une culture commune.

 

 Par culture, il ne faut pas entendre ici tout ce que ce mot recouvre, en vrac, dans la conception anglo-saxonne des sciences humaines. Par culture, il faut entendre ici le rapport imaginaire et réflexif que chaque individu entretient avec le passé collectif dont il est issu et les valeurs dont il hérite. Au plus bas degré, il y a donc un ensemble de représentations collectives concernant l'histoire, les mythes, mais aussi les légendes, les contes, la fiction en général, l'imaginaire collectif. Vercingétorix, et Jules César, Gergovie et Alésia, Saint-Louis, Jeanne d'Arc, Henri IV, Austerlitz et Waterloo. Mais aussi bien Astérix et Tintin, (pourtant belge), La Fontaine, Corneille, Racine et Molière, Voltaire et Rousseau, Stendhal et Balzac, Victor Hugo. Mais encore Dom Juan, Sganarelle, Candide, le Vautrin de Balzac, le Fabrice de la Chartreuse, le Rocambole de Ponson du Terrail, surtout repris par la télévision.  A ces contenus peuvent du reste s'en ajouter d'autres, qui ont une valeur universelle, comme aussi bien des écrivains (Steinbeck), des musiciens (Mozart, Moussorgski) des peintres, des cinéastes ou encore des héros de séries télévisées désormais connus dans le monde entier.

 

 

XI.           -Histoire, culture et valeurs de l'identité française.

 

 Les racines de la culture française sont triples. La pensée gréco-romaine, avec la philosophie, les racines judéo-chrétiennes, la pensée des « lumières. Le christianisme a hérité bon nombre de ses valeurs et de ses pratiques du judaïsme. Le premier christianisme était une secte juive parmi d'autre. Le droit nous vient des romains. Le moyen-âge chrétien a été largement influencé par l’aristotélisme. La Renaissance a été largement influencée par la redécouverte de la pensée grecque. Mais c’est surtout la philosophie des lumières qui a durablement marqué la culture européenne – et donc aussi française – et qui a conduit, avec le développement du capitalisme, à la modernité.

 

Une identité n’est  pas une nature figée. L’identité française est aussi bien dreyfusarde qu’antidreyfusarde, gaulliste et pétainiste. C’est normal et c’est d’ailleurs ce qui a permis à des communistes et des gaullistes de droite de travailler ensemble dans la Résistance.

 

 

XII.        Des buts communs.

 

 

 Même si les individus ou les groupes peuvent poursuivre des buts contradictoires, il n’en est pas moins vrai qu’un peuple, surtout républicain, se constitue en poursuivant des buts communs qui pouvaient naguère être la victoire contre un ennemi commun, mais qui depuis le XIXème siècle était plutôt la croyance en un avenir meilleur et la nécessité d’œuvrer à sa construction. Ce but était d’ailleurs commun à d’autres peuples en Europe, poursuivant par là l’émancipation de l’individu amorcée à la Renaissance et symbolisée au XVIIème siècle par la peinture hollandaise par exemple. Education généralisée, émancipation des femmes, souci du bien-être animal ; voilà quelques exemples qui depuis plus d’un siècle et demi sont maintenant des buts assez largement partagés. Par exemple, jusqu’aux années 60, personne ne contestait plus ouvertement la nécessité de pourvoir au bien-être animal, même si bien sûr la pratique était loin de correspondre à cette aspiration.

 

 

 De ce point de vue, toute personne ou tout groupe qui conteste le bien-fondé de ces objectifs – émancipation de l’individu, bien-être animal – ne saurait être considéré comme français. Une communauté qui prétendrait imposer aux femmes des codes vestimentaires au nom de la religion serait en était de sécession car ce serait considéré comme une régression. En effet, depuis le XVIIIème siècle, on a introduit des distinctions claires entre croyance et superstition, sous l’influence de la philosophie des lumières elle-même héritière de Descartes, Spinoza, Locke, Hume. Dans la religion qui a subi l’assaut de la pensée libre, on a compris que les rites et les croyances pouvaient avoir une valeur comme symboles, sans pour autant qu’on y adhère au premier degré, sauf dans des pratiques qui demeurent archaïques ça et là, comme par exemple à Lourdes. Notons toutefois que ces dernières font aussi partie de nos traditions, ce sont vraiment les nôtres, quoi qu’on en pense. Par contre, nous ne sommes pas tenus d’en importer d’autres.

 

 

 Par conséquent, pour l’essentiel, il est clair que toute conception religieuse nouvelle qui prétendrait remettre en question cette distinction entre croyance et superstition ne proposerait en fait rien d’autre qu’un retour au moyen-âge, ce qui est évidemment inacceptable. Par exemple, il est de coutume, dans une église, de faire une génuflexion devant l’autel. Mais personne ne pense que Dieu va se fâcher si on ne le fait pas. Une personne qui croirait ainsi manquer de respect à Dieu serait encore dans la superstition.

 

 

 Ainsi, il y a des acquis culturels qui sont des progrès. Tout groupe prétendant remettre en question ces acquis au nom d’arguments autres que rationnel n’a pas sa place dans la communauté nationale, sauf à y être accueillie comme étrangère, ce qui est parfaitement possible. Mais prétendre que cela fait partie de la culture nationale est tout simplement inacceptable. C’est un peu comme si on disait que les exciseuses font désormais partie de la culture française, sous prétexte qu’on excise encore, parfois, dans des officines obscures. De même, on considère, en France, qu’éviter la souffrance animale est un but qui doit être poursuivi, même si bien des pratiques sont scandaleusement en retard dans ce domaine. Dès lors, il est inacceptable qu’au nom de superstitions on accepte l’égorgement de moutons sans un étourdissement préalable. Pour la culture française, croire que Dieu exige la souffrance de l’animal ne relève pas de la religion mais de la superstition. Les musulmans ne le comprennent pas car ils n’ont pas subi les assauts de la pensée du XVIIIème siècle contrairement aux chrétiens et dans une large mesure aussi aux juifs. Quand ils sont en France, les musulmans doivent s’adapter aux acquis de la culture française ou partir. Cette question, comme celle du niqab, ne devrait même pas être négociable.

 

 

 Comprenez bien ici le propos : on peut très bien, démocratiquement, décider d’accepter toutes ces pratiques. Mais alors il faut avoir le courage politique d’en tirer les conséquences : il n’y a plus de culture « française » ou « européenne », il n’y a plus rien d’autre que des juxtapositions de pratiques, de coutumes, de croyances dans une forme d’uniformisation. Mais dans ce cas, pourquoi affirmer qu’il n’y a plus de culture française, mais qu’il y a encore une culture arabe. Plus de culture chrétienne, mais une culture musulmane ? D’où l’importance de la manière dont chaque « peuple » et chaque individu conçoit lui-même sa propre identité.

 

 

XIII.     Une même conception de l’identité.

 

 

 Jusqu’à preuve du contraire, c’est au peuple français qu’il appartient en toute souveraineté de définir ce qu’il entend lui-même par sa propre identité. On ne va pas intervenir en Algérie ou au Mali pour leur dire comment ils doivent gérer leurs coutumes, quoi qu’on en pense par ailleurs. Il doit en être de même pour nous. En France, l’identité n’est ni tribale ni ethnique, mais républicaine. Le groupe, la tribu, l’ethnie, la « communauté » n’a tout simplement aucune légitimité. Le seul regroupement permis est l’association loi 1901 ou la communauté religieuse, un monastère par exemple. Tout ceci est encadré juridiquement. Par conséquent, l’idée même de parler de communauté chrétienne ou musulmane ou juive n’a aucun sens. C’est aux individus qu’il appartient, chacun pour ce qui le concerne, d’adhérer ou non à telle « communauté ». Les communautés peuvent certes se vivre « de l’intérieur ». Les juifs fréquentent plus volontiers d’autres juifs, les portugais d’autres portugais. Cela ne porte pas à conséquence tant que cela n’aboutit pas à des comportements discriminatoires. Par contre, un groupe qui considérerait que l’individu ne vaut que par sa place dans le groupe proposerait à nouveau une régression vers le moyen-âge, inacceptable pour nous.

 

 

XIV.    -Un mode d'ouverture vers les autres cultures

 

Il n’existe pas de culture « pure ». Toutes les cultures ont subi des influences. Mais précisément, elles se distinguent sans doute par la manière dont elles ont « digéré » ces influences. La culture occidentale présente une grande originalité : elle est la seule à s’être authentiquement intéressée aux autres cultures, au point d’inventer quelque chose comme l’ethnologie. Les Grecs, les Romains, les musulmans, etc. n’ont toujours considéré les autres cultures que comme « inférieures ». C’était, naturellement, aussi le cas des cultures chrétiennes du moyen-âge. Mais l’occident est la seule culture à s’être radicalement critiquée de l’intérieur, avec un relatif succès, par la philosophie des lumières. C’est de là que vient notre intérêt pour les autres, au point de battre notre coulpe d’une manière pathologique, pleurant sur notre passé d’esclavagistes pendant que d’autres aujourd’hui poursuivent la traite des esclaves sans vergogne, dans l’indifférence générale. Les chrétiens ne se disent plus les meilleurs, ils ne traitent plus les autres d’« infidèles ». Les chrétiens ont accepté sans rechigner l’installation d’autres religions On aimerait bien qu’il y ait un peu de réciprocité, quand on sait que les « communautés » les plus persécutées actuellement, jusqu’au crime, sont les communautés chrétiennes dans le monde musulman.

 

 

 Par conséquent, toute personne ou tout groupe qui ne partage pas ce principe d’égalité des croyances, du droit pour l’individu d’en changer (apostasie) est en sécession par rapport à la culture française.

 

 

XV.       -Le rapport à la culture mondiale et à l'universel

 

 Un des acquis de la modernité est l’accès à la conscience planétaire. Le fait de se replier dans une affirmation identitaire stricte est une régression. Pour autant, cette universalité ne signifie pas la dissolution dans une sorte de magma informe à l’image de nos centres commerciaux qui se ressemblent de plus en plus à travers le monde. On peut défendre l’identité française et apprécier le cinéma américain ou la musique indienne. Du reste, une des raisons du succès de la culture américaine au XXème siècle est justement son héritage des autres cultures, au prix, souvent, d’un appauvrissement ou de simplifications.

 

Ce rapport à l’universel est d’ailleurs ce qui pose le plus problème. Je pense qu’à terme il y aura une inévitable unification de l’humanité, avec, probablement, une souveraineté planétaire. On se rend de plus en plus compte de ce que peut avoir d’artificiel la distinction de différents pays, de différentes cultures. Mais précisément, une identité n’est pas seulement un fantasme. C’est quelque chose à quoi on peut s’identifier. C’est un patrimoine. C’est un garde-fou. Ceux qui aujourd’hui critiquent l’identité française le font avec une parfaite mauvaise foi, car ils aimeraient bien par contre qu’on accepte d’autres identités, beaucoup moins tolérantes que la nôtre. Le mouvement des peuples vers l’universel n’est possible que dans une marche commune et conjointe des peuples, à la condition qu’ils soient parvenus à un même niveau de développement économique, matériel, mais aussi culturel et spirituel. A l’évidence, ce n’est pas le cas actuellement, et l’idée même d’un gouvernement mondial, dans l’état actuel des cultures, est tout-à-fait prématurée et conduirait à un monde cauchemardesque sous l’empire des puissances financières.

 Si nous cédons sur notre propre culture, sur nos acquis, sur les conquêtes de nos aïeux qui sont parfois morts pour notre liberté, alors nous risquons fort de nous voir imposer des pratiques dont nous comprendrons trop tard qu’elles nous font régresser à la barbarie. Le totalitarisme n’est pas si loin, il pourrait revenir sous d’autres formes, car l’histoire ne se répète jamais tout-à-fait de la même manière.

 

 

XVI.    Affirmation de valeurs positives.

 

Il est clair qu'une identité nationale ne peut pas s'affirmer seulement négativement, dans la critique d'autres cultures. Elle ne peut qu'être soutenue par l'affirmation non négociable de valeurs positives, acquises au fil des siècles et souvent obtenues après des affrontements parfois sanglants. Pour l'essentiel on peut rappeler ce qui de ce point de vue caractérise l'identité française:

 

 -Le droit l'emporte sur les convictions individuelles.

-Individu et politique, pas de communautés

-égalité entre les hommes et les femmes

-le mariage doit être consenti par les deux époux.

-une certaine valorisation de la vie privée, le droit au secret pour l'individu, l'adolescent, les époux, etc.

-un rapport libre à la religion, l'apostasie est un droit fondamental non négociable.

 -distinction entre croyance et superstition.

-Les textes sacrés ont été écrits par des hommes et sont comme tels critiquables.

 -Une vision positive de l'existence, du bien-être, d'un environnement agréable, de la joie de vivre, du plaisir et de la jouissance considérés comme des droits.

-une valorisation du quotidien, la vie n'est plus considérée comme traversée d'une vallée de larmes en attendant la vie éternelle. Quoi qu'on en pense, la vie sur terre vaut pour elle-même, quelle que soit par ailleurs les options religieuses de chacun.

-une certaine empathie à l'égard de la souffrance d'autrui, y compris des animaux. Une civilisation digne de ce nom doit travailler à limiter la souffrance sous toutes ses formes.

-se sentir chez soi en lisant des textes littéraires comme ceux de Victor Hugo, Balzac, Maupassant, etc. y reconnaître quelque chose qu'on a toujours plus ou moins pensé, même si on n'est pas né ici, comme le remarque Alain Finkielkraut.

 

 Tous ces éléments sont des acquis de l'esprit français, même s'ils sont loin d'être réalisés dans les faits. Par contre, toute doctrine qui irait à l'encontre de ces valeurs serait contraire à l'identité nationale française.

 Toute personne désirant devenir française doit impérativement accepter ces valeurs minimalistes qui ne devraient pas être négociables. On n'oblige personne à devenir français. L'accession à la nationalité française doit être un acte libre mais responsable.

  Si on acceptait ce que les canadiens appellent des "accommodements raisonnables", alors il n'y aurait plus d'identité française.

 

 Mais après tout, les français ont parfaitement le droit de décider que la France n'existe plus autrement que comme entité administrative et politique abstraite. Simplement, il faut être cohérent. Sinon, on n'a affaire qu'à des notions vides de sens.

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