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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 07:19
I

 

I.       Pour une identité française forte et ouverte 

 

 

 

Deux illusions: l'identité et l'individu

 

 

 Le problème de l'identité se situe entre deux extrémités, deux pôles: d'un côté le clan, la tribu, de l'autre l'hyper-individu. Ces deux figures sont aussi illusoires l'une que l'autre.

 

L'individu dissous dans la communauté

 

  Le clan, la tribu qui ne voit dans l'individu que l'appendice de sa propre substance, où la personne n'existe pas, ou plutôt n'existe que par sa fonction dans le groupe.  Hors du groupe point de salut. L'individu isolé est comme une cellule cancéreuse dans un organisme. Cette conception était celle des sociétés traditionnelles et existe encore aujourd'hui, elle semble même sans doute quantitativement largement partagée dans le monde. Elle engendre souffrance et malheur, elle condamne les femmes à subir la violence sociale jusque dans leur corps qui ne leur appartient pas, comme avec l'excision, le mariage forcé, la honte de son corps qu'elle doit cacher, car seul compte la maîtrise du désir masculin, etc.  Par ailleurs, je crois avoir montré ce que ces conceptions multiculturelles pouvaient avoir d'illusoire.

 

 

L'individu sans identité

 

 A l'autre extrémité on trouve l'individu isolé, centre du monde, qui se veut et se croit absolument libre de toute attache, de toute racine, de tout héritage. Défini par rien ni personne, il est l'Unique dont parle Max Stirner. Et puisqu'il considère que rien ne compte en dehors de l'individu, il critique toute idée de communauté comme archaïque et rétrograde et rêve d'un monde où les nations auraient disparu, où chacun ferait sa loi en fonction de ses propres critères. Cet individu ne supporte pas la moindre contrainte considérée comme attentatoire à la liberté. Il a en quelque sorte la mentalité de nos collégiens qui ne consentent à obéir à quelque règle que ce soit qu'après que des adultes béats leur en aient longuement, très longuement expliqué la légitimité.

 

Ici aussi l'illusion ne tarde pas à se manifester par le malheur et la souffrance, sauf chez quelques rares personnalités fortes. D'abord parce que sans racines ni soutien, l'individu est plus vulnérable. La famille, qu'on a longtemps critiqué au nom d'une liberté individuelle portée au pinacle, se révèle finalement être toujours un socle auquel on doit pouvoir se référer, notamment en cas de coup dur. Des pathologies familiales se reflètent souvent dans des pathologies individuelles et souvent, ce n'est pas l'individu qu'il faudrait soigner, mais la famille.

 Ensuite, sur le plan politique cette fois, l'hyper-individu qui ne se reconnaît dans aucune communauté nationale pense pouvoir vivre sous ses propres lois, c'est-à-dire finalement dans la jungle ou comme on dit chez les philosophes, à l'état de nature. Car s'il prétend n'obéir à aucune loi, (parce que, bien sûr, pour lui, les politiciens sont tous pourris...) in ne prétend pas non plus les imposer aux autres. Conclusion, pour lui, l'Etat n'a plus aucun intérêt. Mais sans Etat, pas de politique. Conclusion: nous revenons bien à la jungle, ce qui arrange bien les puissances financières internationales et les maffias(1) qui ne rêvent que d'une chose: la disparition des Etats dont la plupart d'ailleurs, en particulier dans le tiers-monde, ne sont que des Etats-fantoches.

 Cet individu qui se croit libre et souverain est en réalité soumis concrètement à des puissances colossales qui lui laissent son petit espace de liberté tant que cela ne les dérange pas. (2)

 

 

Le véritable sujet libre dans un espace public civilisé.

 

 

 Si l'appartenance clanique ou tribale est aliénante, l'individu-atome l'est tout autant. Le caractère unique de l'individu, du sujet humain, se manifeste entre autres dans l'unicité d'un visage, celui-là même que certaines cultures archaïques interdisent aux femmes de montrer en public.  Il se manifeste également dans des choix, mais des choix vraiment éclairés. Un choix éclairé n'est possible que si l'on dispose des outils intellectuels pour comprendre le monde. Sinon, on a le petit ego-baudruche dont les choix se limitent à l'immédiateté de ses désirs face aux mille hochets qu'on lui met sous le nez. D'où l'importance de l'éducation, d'une éducation rigoureuse et réellement formatrice. (3)

 

Le sujet libre ainsi conçu est capable de reconnaître ses racines, mais il a un rapport libre à cet héritage, il le reprend librement à son compte, décidant lui-même de lui donner un sens nouveau si nécessaire. La communauté ainsi conçue n'est plus le tout organique des sociétés traditionnelles mais un ensemble de sujets libres partageant une histoire commune, des valeurs communes et des buts communs dans un espace public soumis à des normes communes acceptées et comprises par tous.

 

Le but de toute politique vraiment humaniste devrait être, hors de tout mensonge médiatique, la création des conditions nécessaires du libre épanouissement du sujet humain. Bien entendu les conditions économiques ont ici leur importance car on sait à quel point la précarité engendre de souffrances chez les travailleurs-esclaves.

 

Une bonne politique n'est pas possible dans un cadre mondialisé qui exclut par nature toute politique, à moins d'envisager un gouvernement mondial aux tendances totalitaires effrayantes. Pour l'instant, c'est seulement dans le cadre d'une nation que des innovations politiques sont possibles. Mais ce qui est possible avec un peuple intelligent et informé ne l'est pas avec un peuple sous-cultivé et mal informé. A cet égard, la naïveté de certains milieux chrétiens est ici consternante.

 

 

Pour une identité française forte et ouverte

 

 

 Les quelques réflexions ci-dessus sont le fondement de ma conception politique. Je pense qu'il faut maintenir une identité française forte, comme ce fut le cas naguère. Dans ma jeunesse, alors que personne ne remettait en cause sérieusement l'identité française, je connaissais des étrangers avec qui j'avais des rapports humains normaux et agréables. Mais ils ne prétendaient pas changer l'identité d'un pays où ils se sentaient bien. De même si j'allais m'installer en Grèce ou au Sénégal, je n'aurais pas la prétention de définir une identité nouvelle de ces pays sous prétexte que de nombreux français y vivraient.

 

En France, actuellement, vivent des populations d'origine étrangère dont les leaders prétendent désormais marquer durablement l'identité française. La France serait devenue, d'après eux, métissée. Si la conception raciale qui fait dire à un Aimé Césaire qu'il y a "génocide par substitution" quand il y a trop de blancs qui occupe une ile traditionnellement noire, on peut dire, de même, que la France est traditionnellement blanche.

Cette conception racialiste et pour tout dire raciste des choses repose sur une vision trop simpliste des choses. Ce n'est pas la race qui détermine le comportement des individus, mais l'idée qu'ils s'en font. Un noir s'identifie aux noirs et à la négritude comme le garçon de café de Sartre fait le garçon de café. On aboutit ainsi à un communautarisme invivable.

C'est pourquoi la célèbre remarque du Général de Gaulle reste indépassable:

 

"C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne se raconte pas d'histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !"

Conversation entre De Gaulle et Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d'Algérie

"C’était de Gaulle", tome 1, Alain Peyrefitte, éd. éditions de Fallois/Fayard, 1994 (ISBN 978-2-213-02832-3), p. 52

 

 

Par contre, les Etats-Unis sont par nature une nation d'immigration multiculturelle. C'est très bien. On en mesure d'ailleurs les limites, car à ce qu'on dit, le racisme n'y a pas disparu, sans doute en partie à cause d'un système éducatif lamentable qui n'instruit que les élites. De même, il faudrait réfléchir sur les graves problèmes qui se posent en Afrique du Sud, la soi-disant "nation arc-en-ciel" ou le racisme anti-blanc fait rage. Il faut avoir le courage de constater qu'il n'existe aucune société multiculturelle et multiraciale qui ne pose pas de problème. Car partout, la minorité est mise en demeure de s'identifier au groupe majoritaire, ce qui d'ailleurs explique la conversion à l'islam de nombreux petits blancs dont certains deviennent islamistes. De même,  partout où l'islam domine, les chrétiens sont persécutés.

 

 Par contre, on n'a jamais demandé aux français leur avis sur la question de savoir s'ils désirent vivre dans une société multiculturelle. Elle leur est imposée par des élites qui n'en subissent pas les inconvénients.

 

 

 Passons sur les conceptions niaises et risibles selon lesquelles l'Algérie doit être aux algériens, la Palestine aux palestiniens, la Guinée aux guinéens mais la France, elle, serait la seul à n'être rien, à n'être que le mélange des autres.

 

 

Le multiculturalisme n'a pas que des inconvénients si on tient absolument à mettre au pas les individus épris de liberté et d'épanouissement personnel.  C'est une manière de "gérer le parc humain" (Slotterdijk) qui en vaut une autre, même si elle aboutit au tribalisme et à l'enfermement. Par contre, rien n'interdit de penser autrement et jusqu'à preuve du contraire la démocratie concerne d'abord chaque peuple dans son espace national propre.

 

 

Il faut donc retrouver une France forte, assez forte pour accueillir des minorités culturelles qui s'y sentent bien. Prenez les portugais. Ils ont toujours une préférence identitaire forte et c'est parfaitement leur droit. Ils se fréquentent, sans exclusive d'ailleurs, ils aiment à se retrouver entre eux. Mais ils n'ont jamais eu l'idée de demander à ce que la France devienne portugaise ! Ils n'ont pas à avoir honte de leur appartenance, parfaitement respectable. Mais ils ne la brandissent pas non plus comme un étendard. C'est leur richesse, leur sensibilité particulière et ils sont de ce fait parfaitement intégrés et assimilés dans la communauté française comme le sont par ailleurs les bretons ou les puissants catalans de Paris. Ils sont Français et contents de l'être, parce qu'ils partagent avec nous un grand nombre de valeurs communes et ils respectent le pays qui les a accueillis. On peut en dire autant des juifs, d'ailleurs, qui n'ont jamais prétendu définir l'identité française alors qu'à plus d'un titre ils pourraient y prétendre tant ils ont donné à la France, en particulier sur le plan intellectuel et artistique.

 

 

 C'est en cela que je me sens "identitaire" avec toutefois de nombreuses réserves notamment contre certaines conceptions "racialistes". Mais cela dit, s'il y avait un référendum, si une majorité de français optait pour une société multiculturelle, c'est-à-dire pour la disparition de la France, j'en serais triste car je penserais à mes ancêtres combattants morts pour rien, mais je m'inclinerais. Je suis en effet équipé intellectuellement pour affronter une telle société où il me serait facile de trouver mon avantage. Mais ce ne serait pas le cas de tout le monde. Alors tant pis.

 

 

 

(1) voir ce qui se passe en Italie où des gens ont attendu une maison pendant des mois, parce que des entreprises maffieuses ont négocié à prix d'or des contrats de reconstruction. Voir la situation dans nombre d'anciens pays de l'est. Nous avons en France la chance d'avoir toujours un Etat assez fort, mais pour combien de temps encore?

 

(2) Voir, dans la littérature marxiste, les remarques d'Henri Lefebvre dans "la vie quotidienne" Même si on considère que, tout compte fait, l'utopie communiste est un remède pire que le mal, cela n'enlève rien à la valeur des critiques souvent lucides des penseurs communistes. Comme antidote, on lira entre autres Maurice Clavel, "qui est aliéné?".

 

(3) Voir les positions d'Alain Finkielkraut qui résument tout le problème, contre la niaiserie pédagogiste qui planifie l'abrutissement des pauvres mais qui en protège ses propres enfants.

 

Bibliographie

 (Car certains feraient bien de passer un peu moins de temps sur Internet et de lire des livres...)

 Ehrenberg, "l'individu incertain"

 Alain Laurent, "l'individu et ses ennemis"

 "L’identité" Cl Lévi-Strauss et autres, puf.

 Blandine Barret-Kriegel, "l'Etat et les esclaves

 Gilles Chatelet, vivre et penser comme des porcs

 

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Published by Alex Carter-Munop
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