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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 07:30

 

« Nous vivons un temps où la vie intellectuelle semble s'enivrer de la prolifération de ses mécanismes, jusqu'à devenir trop souvent un jeu dévoyé et confus de doctrines et de mots, indifférents à toute responsabilité comme à toute solidité. »

René Huyghe, Discours à l'Académie, 1972

La séquence d’Envoyé Spécial consacrée au supposé double langage de Marine Le Pen est un petit chef d’œuvre de propagande que n’auraient pas désavoué la Propagandastaffel des nazis, l’Allemagne de l’est ou la Corée du Nord. Le dévoiement journalistique aboutissant à une telle malhonnêteté montre à quel point cette bourgeoisie médiatique est sur la défensive.

La double perversité de ce reportage consiste à dénoncer le mensonge de Marine Le Pen tout en se présentant comme parfaitement neutre et objective, quasi scientifique comme le dit la journaliste. Or, il est évident dès le départ que nous aurons affaire à une démonstration à charge, sans la moindre circonstance atténuante, sans la moindre hypothèse divergente. Car une approche véritablement rigoureuse consiste à éviter toute hypothèse de départ ou en tout cas à maintenir très ouvert le champ des interprétations possibles. Or, toute la démonstration repose ici sur une seule pétition de principe : Marine Le Pen ne peut être qu’une menteuse. La journaliste fait donc semblant d’être objective mais a déjà décidé le point de vue qu’on lui a demandé de défendre, en bonne petite actrice de la police de la pensée.

Cette propagande grossière repose sur plusieurs mécanismes rhétoriques : .une cascade de mensonges et d’approximations et des arguments rationnellement irrecevables techniquement car destinés non pas à convaincre mais à persuader.

Mensonges en série

Mensonge No 1

La comparaison du nombre de réfugiés au Liban et en Europe pour souligner que les Libanais en accueillent beaucoup plus repose sur une confusion volontaire et donc malhonnête. Au Liban (ou en Jordanie), on a véritablement affaire à des réfugiés qui n’ont pas vocation à rester dans des camps ad vitam eternam. Ils retourneront bien évidemment chez eux une fois la guerre terminée. Au contraire, les soit-disant « réfugiés », en réalité immigrés économiques arrivant en Europe ont bien l’intention d’y rester. En outre, Jean-Christophe Dumont donne un gage rhétorique d’honnêteté en soulignant l’exactitude du chiffre de 200 000 immigrés donné par Marine Le Pen. Mais ce spécialiste de l’Institut de l’Immigration feint d’ignorer la masse de clandestins non comptabilisés depuis des années.

Mensonge No 2

Le recours à l’argument macro-économique selon lequel les immigrés ne prennent pas le travail des français puisqu’ils consomment et créent eux-mêmes des richesses est une hérésie. Car si effectivement les immigrés consomment, ils ne sont qu’une petite minorité à travailler, du fait du chômage de masse. Leur consommation est donc largement financée par les multiples mécanismes de redistribution financés par ceux qui travaillent, essentiellement donc les français. Laisser croire que les immigrés créent des emplois est une hérésie. Dans le journal de 20h du 15 janvier sur France 2, François Lenglet nous apprenait d’ailleurs que la France n’a créé aucun emploi productif ces 15 dernières années, les seuls emplois créés l’ont été dans la fonction publique.

Mensonge No 3

La comparaison avec les immigrés espagnols fuyant la guerre est ici aussi malhonnête. D’abord, elle émanait de la vraie extrême-droite, anti-républicaine, anti-parlementaire, favorable à un régime autoritaire monarchique ou militaire, ce qui n’est pas le cas du Front National. Ensuite, on passe volontairement sous silence que le fond culturel de ces populations était le même que le nôtre, le christianisme. Au contraire, aujourd’hui, l’Islam implique une vision du monde radicalement différente de la nôtre, qu’on le veuille ou non.

Mensonge No 4

Les personnages qu’on nous présente comme des « spécialistes » neutres sont en réalité tous engagés dans la bataille idéologique contre le FN. Ainsi, on saute en Californie rencontrer Cécile Alduy, une spécialiste française de littérature présentée par l’Obs comme une "nouvelle" en politique alors qu’elle est en réalité "la fille de l’ancien sénateur-maire UMP de Perpignan et de l’ancienne directrice du journal « Le Monde » et de France 3, fortement engagés contre le FN" selon le site Résistance Républicaine. L’impression de scientificité de cette étude à charge repose sur l’emploi de l’informatique et d’une projection « powerpoint » devant des étudiants à Stanford. On est dans le sérieux. E recours à l’« argument d’autorité » (ce sont des gens sérieux, des experts, donc ils disent forcément la vérité) manifeste ici une fois de plus un profond mépris pour sept millions d’électeurs qui, il est vrai, sont réputés peu diplômés. Il faut donc leur faire honte et leur montrer qu’ils se sont laissés impressionner par de fausses promesses dans de beaux discours.

Cela dit, cette scientificité est elle-même sujette à caution. Le recours à l’informatique pour l’analyse des textes n’est pas nouveau et se pratique déjà depuis longtemps en France même. Par contre, si la comparaison du vocabulaire du père et de la fille est certainement juste, l’interprétation qui en est tirée est plus que douteuse. Or, ici, aucun chiffre d’occurrence ne nous est donné, seulement un graphique powerpoint sans aucun élément chiffré. Pourtant, le nombre d’occurrence et la proximité respective des mots a un sens dans ce genre d’étude. Il n’est pas dit que si celle-ci était publiée, on arriverait pas à une conclusion bien plus modérée et problématique que la pétition de principe qui consiste à dire que le signifiant de la fille cache ne signifié du père.

Mensonge No 5

Marine Le Pen refuse la thèse du « grand remplacement » défendue par Renaud Camus car pour elle, être Français n’implique pas nécessairement l’appartenance à une race ou la croyance en une religion. Naturellement, la journaliste veut démontrer que ces un mensonge en reprenant un discours tenu devant les militants ou sympathisants : on ne naturalisera jamais des gens qui ne se sentent pas Français de nature. Ici, évidemment la journaliste prend le mot « nature » dans le pire sens, savoir biologique, alors qu’en réalité il recouvre en fait l’ensemble des caractères d’un invidu, ses goûts, sa sensibilité, la croyance en certaines valeurs fondamentales et fondatrices de la francité. Bref, la malhonnêteté ici consiste à durcire la thèse de Marine Le Pen en jouant sur la plasticité des définitions pour l’enfermer dans un discours qui n’est pas le sien. Car l’identité française a bien du sens même si évidemment ce ne peut être que la caractéristique d’un être vivant, conscient, désirant, pensant et qui n’a donc rien à voir avec on ne sait quel déterminisme biologique ou racial. La vraie question est donc de savoir si on peut assimiler un individu qui refuse de se reconnaître comme français. Quelqu’un comme Alain Finkielkraut ne dit pas autre choses, malgré sa préciosité hésitante.

Mensonge No 6

« Pas xénophobe, mais francophile », dit Marine Le Pen. Ces deux mot sont présentés comme les deux faces de la même médaille et finalement, pour la journaliste, veulent dire la même chose. Or, à l’évidence, un xénophobe détestera les étrangers, où qu’ils soient, y compris dans leur pays. Critiquer la présence massive d’étrangers dans notre pays ne fait pas de vous un « xénophobe ». Simplement, c’est même la justification principale de toutes les politiques de décolonisation et d’indépendance des années 50-60, y compris l’épuration ethnique opérée en Algérie ou dans certains pays d’Afrique Noire sur une base éminemment raciale. Quand les algériens chassent les blanc, c’est une émancipation d’un peuple. Quand des Français ne veulent pas d’immigration de masse, c’est de la xénophobie et du racisme.

Mensonge No 7

Quand Marine le Pen défend la laïcité, on la soupçonne de ne s’en prendre qu’à L’Islam. Or, en réalité, c’est le développement de l’Islam en France qui a obligé à reposer le problème de la laïcité pourtant réglé depuis des décennies. Et quand M. Bauberot croit enfoncer le clou en soulignant que la voisine dans le métro dont parle Marine Le Pen est forcément musulmane, il oublie que le port du voile islamique est loin d’avoir la même signification que la kippa ou la croix. Celles-ci sont le signe d’une appartenance religieuse et n’engagent en rien le statut ontologique ou axiologique de celui ou celle qui le porte. Au contraire, le voile islamique, loin d’êttre seulement un signe, est le symbole fort du statut de la femme qui doit cacher ce corps dont elle doit avoir honte parce que suscitant le désir de l’homme. Pire qu’un symbole, il est la synecdoque de ce que devrait porter toute femme digne de sa condition inférieure : la burqua qui cette fois cache la totalité du corps honni, méprisé parce que maladivement, obsessionnellement désiré.

Cela dit, Marine Le Pen ne va pas aussi loin car il n’appartient pas à un responsable politique d’intervenir dans les problématiques théologiques tout simplement parce que l’Etat n’a pas à juger ces questions. Il lui suffit donc de rappeler les principes et les valeurs qui fondent notre société. La transgression de ces principes clairement établis par le droit doit faire l’objet de sanctions sans faiblesse au lieu de se contenter de belles paroles sans cesse contredites par une inaction de plus en plus visible.

Mensonge No 8

L’emploi de l’expression « Le triomphe de la Volonté » à propos de Jeanne d’Arc, reprenant en fait le titre d’un film de propagande nazie serait la preuve de la véritable nature d’extrême-droite de Marine Le Pen. Nul doute qu’au cours de son enfance elle ait entendu plusieurs fois cette expression dans la bouche de son père. Si elle a écrit elle-même ce discours, cela peut être le fait d’une réminiscence mais qui dit bien, au fond, l’incroyable énergie, la volonté pure qui fut nécessaire dans la bataille de Jeanne d’Arc. Et de la volonté, il lui en faut pour continuer de défendre aujourd’hui ses thèses dans une atmosphère d’hostilité générale dont cette émission malhonnête n’est qu’un épisode de plus. Maintenant, s’agit-il en réalité d’un gage donné à l’extrême-droite archaïque ? Ce serait alors de bonne guerre et cette pratique est répandue dans tous les partis politiques. Il est vrai que ce sont les nazis qui ont inventé cette technique, ne serait-ce que dans le nom du parti NSDAP, national (droite), socialiste (gauche) allemand (deutch = droite) travailleurs (arbeiter = gauche). Si on reproche à Marine Le Pen cette filiation, il faut la reprocher aussi à François Hollande ou Manuel Valls qui n’hésitent pas à parler de solidarité et justice sociale pour flatter l’extrême gauche, de souci environnemental pour flatter les écologistes et de progrès économique pour flatter l’aile droite du PS. Alors, les socialistes sont aussi des nazis, eux qui n’hésitent pas à faire appel à l’affectif plutôt qu’au rationnel, suivant ainsi le conseil donné par Adolf Hitler lui-même dans Mein Kampf ?

Mensonge No 9

Marine Le Pen voudrait museler les syndicats pour créer un syndicat à sa botte. En réalité, elle affirme simplement que l’Etat doit garantir des syndicats libres et représentatifs, ce qui suppose une politique de subvention basée sur une représentativité réelle, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

 

Honteuse propagande

A la racine de cette émission, on trouve comme souvent ce qu’on appelle un « argument de direction » : si tu fais A tu feras nécessairement B. Autrement dit, le discours du Front National est exactement calquable sur celui des nazis au début de leur ascension. Or, on sait que tout argument de direction peut être contré par un argument de rupture : soulignant qu’il y a une différence non de degré mais de nature entre A et B : qui vole un œuf ne volera pas nécessairement un bœuf. Cet argument qui n’a aucun statut de rationalité, aucune valeur logique, ne peut fonctionner que sur la base de l’inertie naturelle de l’auditeur. On accuse Marine Le Pen de surfer sur les peurs, mais c’est pourtant ce qu’on fait en laissant croire que le Front National se livrerait à des atrocités semblables à celles des nazis une fois au pouvoir. Ainsi, on jetterait les immigrés à la mer ou on les exterminerait, et on condamnerait les français à vivre dans une atmosphère carcérale comme le sous-entend le raccourci à propos des syndicats. Marine Le Pen veut une presse libre et des syndicats libres, pas forcément des syndicats non représentatifs ou une presse de propagande sous perfusion de grasses subventions.

Cette émission est une fois de plus une honte pour la télévision française. C'est de plus en plus souvent le cas, comme le montre bien l'excellente émission i-media sur la chaîne de réinformation tv-libertés.

On a rarement vu une accumulation de tels procédés malhonnêtes dont l’efficacité ne peut compter que sur la bêtise de l’auditoire. Il s’agit avant tout de renforcer les convictions de ceux qui ont peur du Front National sans trop savoir pourquoi et de faire honte au pauvres bougres qui croient y voir leur salut parce qu’ils n’ont pas les diplômes nécessaires pour comprendre leur erreur. On voit ici tout le mépris des psedo-élites pour le peuple qui pourtant les nourrit par ses impots.

Les sept millions d’électeurs qui ont voté pour le Front National seront-ils sensibles à cette escroquerie diffamatoire ? Comment un Etat démocratique peut-il tolérer l’utilisation des deniers publics pour cautionner une telle propagande, digne des pays totalitaires ?

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Published by Alex Carter-Munop
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